Africamuseum : L’art contemporain renforce des stéréotypes

La réouverture, le 08 décembre derier, de l’ex-Musée royal d’Afrique centrale (MRAC) à Bruxelles, aujourd’hui Africamuseum, après une fermeture pour rénovation et décolonisation depuis 2013, fait couler encres et salives quant à sa nouvelle muséographie.

L’art contemporain produit en RD Congo par des « décolonisés » a contribué à la « rénovation » d’Africamuseum. Le « robot-roulage intelligent-moseka» made in DR Congo de Thérèse Kiyongozi, y installé, nous rappelle les expositions universelles avec l’odeur de « la révolution de la modernité » qu’il dégage. Il s’agit d’un produit design faisant office d’agent de circulation routière à Kinshasa et dans d’autres grandes villes de la RD Congo ici présenté, sans doute, pour montrer comment le Congo se « développe ».

 

Les clichés du photographe Nelson Makengo, autour de cette prouesse technique, déplacent l’image de la ville de Kinshasa la plus prisée et connue avec ses odeurs, ses couleurs et ses mouvements saccadés pour la présenter devant ces publics hétéroclites. La débrouillardise, via des artistes qui n’ont pas de moyens de créer et qui s’adonnent à des manipulations de rebus en vue d’obtenir les moyens d’expression, n’était pas en reste. La preuve de cette ingéniosité se retrouve dans des tableaux réalisés avec de la fumée par Géraldine Tobe et des installations de Iviart Izamba issues de matériaux de récupération trônant dans ce musée.

La naïveté formelle, des œuvres picturales, et l’aspect infantile des certaines réalisations de ces artistes, visiblement recourant à l’oralité dans leurs œuvres, occupent une place de choix. Pour la plupart, commandités ou commandés par des acheteurs ou mécènes étrangers, ces tableaux quasiment naïfs, représentent sous d’autres cieux « génie artistique » congolais. Ils montrent combien le Congolais aime l’ambiance, s’habiller, et passer son temps dans des débits de boisson et consorts via des scènes de la vie quotidienne démodées ou présentes, avec les tares et la spiritualité de la cité ou de la brousse y fusant et renforçant les clichés.

Les artistes et œuvres engagés sont absents. Certes, il y a quelques voix, mais elles sont toutes petites ! Une chose est sûre, ce n’est que le début d’une rénovation.

 

Jean Kamba

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