Déclaration de la LUCHA relative aux élections du 30 décembre 2018 Déclaration n° LUCHA/201901

Depuis 2015, le peuple Congolais a courageusement lutté pour préserver sa constitution et obtenir l’alternance politique. Plusieurs centaines de Congolais ont été tués dans des manifestations, d’autres ont été blessés, arrêtés, traqués, forcés à l’exile, ou jetés en prison. Poussé au bout et convaincu d’avoir tout mis en œuvre pour assurer un boulevard à son « dauphin » (faute d’avoir pu s’imposer lui-même), Joseph Kabila a fini par organiser une parodie d’élections le 30 décembre 2018.

Mais les Congolais ont tourné la parodie en leur faveur et montré à Kabila que leur désir de changement et leur détermination étaient plus forts que toutes ses petites manœuvres. En effet, en dépit d’une campagne électorale fortement déséquilibrée, de l’insécurité, des menaces, des pressions, des dysfonctionnements et des difficultés à manier les fameuses machines à voter, du retard et du désordre délibérés dans l’affichage des listes électorales… le peuple Congolais s’est mobilisé pour voter les meilleurs parmi les candidats autorisés à concourir. Déjouant le mythe du tribalisme, du régionalisme et de l’achat des consciences, ils ne se sont pas seulement employés à « balayer les médiocres », ils ont aussi tenu à surveiller leur vote et leurs résultats. Privés sans raison objective de leur droit de vote, les habitants du territoire de Beni et des villes de Beni et Butembo ont même nargué le régime Kabila en organisant et en participant massivement à un vote citoyen !

En fin de compte, le peuple Congolais a triomphé. Le « dauphin » de Kabila a essuyé une cuisante défaite, tout comme la plupart des médiocres de tous les bords politiques. Incapables d’accepter la défaite, et conscients des conséquences de leur départ du pouvoir sur les crimes qu’ils ont commis et les richesses qu’ils ont frauduleusement accumulées, Kabila et ses acolytes ont carrément choisi d’ignorer les résultats issus des urnes, à quelques exceptions près en ce qui concerne les députés nationaux et provinciaux. Ainsi, la CENI a publié des « élus » issus pour la plupart des laboratoires politiques de Kinshasa, et non des bureaux de vote.

Eut égard de ce qui précède :

  1. La LUCHA salue la maturité, la dignité et la détermination du peuple Congolais dans sa diversité, dont le monde entier a été témoin. Kabila n’a fait que perdre depuis 2015, et son empire va continuer à s’effondrer jusqu’à disparaître totalement. Le peuple congolais doit être fier de lui-même ; fier de ses sacrifices et fier de ses martyrs. C’est ici l’occasion de rendre à nouveau hommage à notre camarade Luc Nkulula, à Rossy Mukendi et à tous les autres martyrs de la démocratie, connus ou anonymes. Ceux qui croient avoir réussi un coup de maître en détournant le choix du peuple souverain se trompent : la légitimité indispensable à tout gouvernement ne se vole pas et ne s’impose pas ; elle se gagne ! Tout comme le respect et la considération dont on a besoin pour asseoir son autorité. L’expérience du régime de Joseph Kabila ces dernières années est pourtant assez éloquent pour savoir que l’on ne peut gouverner un peuple par défi.
  2. LUCHA reste convaincue que les « résultats » publiés par la CENI ne reflètent pas la crédibilité et la transparence vue l’ambiguïté autour de son mode de publication. La CENI devrait publier le résultat bureau par bureau et permettre ainsi au peuple Congolais d’être sûr que ses choix ont été respectés. Affirmer ceci comme nous l’avons fait, ce n’est pas défendre un camp contre un autre d’autant plus qu’ils comptent tous des personnes irrespectables dans leurs rangs: c’est défendre l’expression souveraine du peuple, qui est l’essence même de toute élection dans une démocratie. Les gens peuvent se résigner devant un fait accompli, mais la vérité, elle, restera inchangée à travers l’histoire. Toutes choses restant égales par ailleurs, la LUCHA prend acte de la proclamation définitive de résultats aux élections du 30 décembre et constate ce fait. Elle exige à tous ceux qui auraient été confirmés <<élus>> d’œuvrer pour la justice sociale et la dignité humaine au Congo.En agissant ainsi, ils pourraient tant soit peu palier à la crise de légitimité qui reste avérée.
  3. Quoiqu’il en soit, la LUCHA estime avoir fait sa part dans une lutte pour l’alternance aussi éprouvante que clivante. Aussi, la LUCHA, sans se résigner, souhaite-t-elle continuer à jouer un rôle constructif à l’avenir en se re-focalisant sur ses activités d’éveil citoyen et d’actions citoyennes sur les thématiques économiques et sociales. Nous émettons le vœu de voir l’espace civique restauré afin de permettre aux citoyens de s’exprimer librement et pacifiquement, de critiquer, de proposer et de revendiquer leurs droits. La LUCHA n’est donc pas concernée par les postes, les rétributions ou le partage du pouvoir entre politiciens. Nous allons poursuivre notre lutte dans le strict respect de nos valeurs et principes cardinaux dont la liberté, l’indépendance, la probité et la non-violence, ainsi que de notre caractère non-partisan. Par ailleurs, la LUCHA s’oppose catégoriquement à toute idée de pardon et d’impunité sans vérité ni justice, au nom d’une prétendue réconciliation nationale. … la LUCHA prend acte de la proclamation définitive des « résultats des élections » du 30 décembre 2018. Les personnes données pour « élues » ont intérêt à démontrer leur engagement à améliorer rapidement la situation sécuritaire, la lutte contre l’impunité et la corruption, le respect des libertés fondamentales, la justice sociale et la dignité pour tous les Congolais. C’est à cette condition qu’elles pourront pallier un tant soit peu au déficit de légitimité démocratique qui est flagrant.
  4. La LUCHA salue l’engagement de la société civile congolaise dans son ensemble, y compris les médias, mais en particulier celui de l’église catholique qui a eu la vérité, tout en regrettant qu’elle se soit limitée au constat sans en tirer toutes les conséquences en dépit de sa capacité de mobilisation au niveau interne et de sa crédibilité au niveau régional et international.
  5. La LUCHA se réjouit de ce que ce processus aura permis de faire tomber les masques et d’instruire davantage les Congolais sur la vacuité et l’égoïsme sans bornes de la classe politique actuelle. De plus en plus de nos compatriotes comprennent pourquoi nous avons toujours dit que le problème de la RDC dépasse la personne de Kabila ou d’une certaine « majorité » au pouvoir, et qu’il faut, tôt ou tard, se débarrasser complètement de tous ces politiciens opportunistes dont le qualificatif de « majorité » ou « opposition » n’est qu’une vile étiquette.

Fait à Mbujimayi, le 23 janvier 2019

Pour la LUCHA,
La Cellule de Communication

Partage sans limite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *